Précis d’anti-électoralisme élémentaire

120 motifs de ne pas aller voter.

Ce choix de textes, contemporains ou plus anciens, n’est pas destiné à prôner l’abstention, encore qu’il donnera beaucoup d’arguments en ce sens, mais simplement à relativiser l’importance des élections dans les sociétés contemporaines. Lorsqu’elles ne sont ni truquées ni faussées –ce qui est le cas, d’une manière ou d’une autre, dans la majorité des pays –, elles n’offrent qu’un état de l’opinion ; état qui est déterminé par le jeu des forces économiques, militaires et sociales, intérieures et extérieures. Autrement dit, les élections ne font qu’entériner ces rapports de forces, mais elles ne les créent pas. Dans les pays riches, le système politique organise l’alternance au pouvoir de deux partis, qui mènent à peu près la même politique procapitaliste. Les deux blocs se neutralisant, la décision est faite à chaque élection par quelques centaines de milliers d’électeurs du centre. Les petits partis extrémistes ne peuvent que graviter autour de ces blocs, et ne peser que marginalement sur leur politique. Même l’abstention est intégrée –parfois même encouragée– par le système, puisqu’elle réunit, autour des « apolitiques », les déçus de la droite et de la gauche. Elle reste pourtant l’attitude la plus claire, sinon toujours la plus raisonnable, pour qui ne veut pas être l’éternel dindon de la farce électorale.

Présentation de Raoul Vilette.

Nombre de pages : 144

Prix : 10.00

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Précis d’anti-électoralisme élémentaire

Par qui est composée la Chambre.

Electeur, aurais-tu la naïveté de croire que le Parlement rassemble l’élite de la nation ? Penses-tu que la Chambre réunit les gloires de la Science et de l’Art, les illustrations de la Pensée, les compétences de l’Industrie, du Commerce et de l’Agriculture, les probités ( ?) de la Finance ? Estimes-tu que le redoutable pouvoir de gouverner un peuple de quarante millions d’habitants est dévolu aux plus honnêtes et aux plus méritants ?

Si oui, détrompe-toi. Promène tes regards sur les travées de la Chambre et vois par quels gens elles sont occupées : avocats sans cause, médecins sans clientèle, commerçants douteux, industriels sans connaissances spéciales, journalistes sans talent, financiers sans scrupules, désœuvrés et riches sans occupations définies.

Tout ce monde intrigue, bavarde, marchande, agiote, fait des affaires, se démène, se bouscule et court à la recherche des plaisirs, de la richesse et des sinécures grassement rétribuées.

Cela t’étonne, électeur candide ? Une minute de réflexion dissipera ta surprise. Demande-toi comment il se fait que X, Y ou Z soient députés.

Leur siège est-il la récompense des mérites manifestes, des actions d’éclat, du bien accompli, des services rendus, qui les ont recommandés à l’estime et à la confiance publiques ?

Est-il le salaire équitable des connaissances spéciales qu’ils ont acquises, des hautes études dont ils ont parcouru le cycle brillant, de l’expérience que leur vaut une existence toute de labeur ?

A-t-on exigé d’eux, comme des professeurs, des pharmaciens, des ingénieurs, des examens, des diplômes, l’admission dans certaines écoles, le stage réglementaire ?

Regarde : celui-ci doit son mandat à l’argent ; celui-là à l’intrigue ; ce troisième à une candidature officielle ; ce quatrième à l’appui d’un journal dont il a engraissé la caisse ; cet autre au vin, au cidre, à la bière ou à l’alcool dont il a empli le gosier de ses mandants ; ce vieux aux coquetteries complaisantes de sa jeune femme ; ce jeune aux promesses éblouissantes qu’il a prodiguées de palmes, de bureaux de tabacs, de places et de recommandations ; tous à des procédés plus ou moins louches qui n’ont aucun rapport avec le mérite ou le talent ; tous, de toutes façons, au nombre de suffrages qu’ils ont obtenus.

Et le nombre n’a rien à voir avec le mérite, le courage, la probité, le caractère, l’intelligence, le savoir, les services rendus, les actions d’éclat. La majorité des suffrages ne consacre ni la valeur morale, ni la supériorité intellectuelle, ni la Justice, ni la Raison.

On serait autorisé à dire que c’est plutôt le contraire.

(Sébastien Faure. Electeur, écoute ! Bureau anti-parlementaire, 1919).